Aux Antilles, les raisons de la défiance au vaccin

Ces derniers jours j'entends et je lis toutes sortes d’explications fantasques et méprisantes sur les plateaux télé quant à la raison du faible taux de vaccination en Outre-mer ? Pour contrebalancer les explications de ces "experts" qui parlent de ces territoires sans rien en connaître, je vais tenter d’apporter quelques éléments d’explication factuels et rétablir quelques vérités. Il ne s’agit pas ici de chercher de quelconques excuses mais de donner des éléments de contexte permettant de mieux comprendre la situation. Je précise à toute fin utile que j’encourage les ultramarins à respecter la distanciation, le port du masque et les gestes barrières.


En novembre 2019, une commission d'enquête parlementaire jugeait l'Etat responsable du scandale du Chlordécone, un insecticide organochloré et perturbateur endocrinien.

Les Antilles françaises détiennent aujourd’hui le triste record mondial du nombre d’hommes atteints du cancer de la prostate. Rien que ça !

Selon les résultats de l'étude "Kannari" en Martinique et en Guadeloupe 90% de personnes sont contaminées au chlordécone. Ce scandale a laissé des traces indélébiles et à attisé les rancœurs. Dans ces territoires de la république où la défiance contre l'Etat est plus grande qu'ailleurs la crise sanitaire n’a fait qu’amplifier une crise de confiance déjà largement entamée. Si certaines réticences sont liées à des raisons culturelles ou religieuses, le faible taux de vaccination en Outre-mer vient en partie de ce passé douloureux. En métropole on ne mesure pas le traumatisme qu’a été le scandale du Chlordécone pour les populations locales qui n’ont plus confiance en un Etat qui assurait il y a encore quelques années que le Chlordécone était sans risque.

A ces erreurs, lourdes de conséquences, s’est ajoutée et superposée une crise de l’hôpital public: manque de matériels, de lits de réanimations, d’hommes et de femmes... Le faible taux de vaccination ne peut expliquer à lui seul cette dramatique situation, l'échec des politiques sanitaires est bien au cœur de la saturation des hôpitaux. La crise de l’hôpital public en Outre-mer et en métropole est donc antérieure à la crise du Covid-19 qui au fond n’a été qu’un révélateur de carences préexistantes. On voit là les limites des réformes administratives visant à transformer l’hôpital en "entreprise".


Face au système hospitalier défaillant, aux inégalités persistantes avec la métropole - les personnes sont plus âgées qu'en métropole et en moins bonne santé -, au retard de développement, les gens meurent faute d'équipements de soins en nombre suffisants. Aujourd’hui la situation est catastrophique et ce n’est pas faute d’avoir alerté les pouvoirs publics en relayant depuis des années le désespoir du personnel soignant. Désormais la lassitude de la population a laissé place à la colère et elle n’est pas prête de retomber.


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