Souveraineté numérique : faut-il s’inquiéter ?


En 2020 la société française de vision nocturne Photonis était à deux doigts de passer sous pavillon étranger: https://cutt.ly/vRC9Nra

L’offre de l’américain Teledyne s’était alors heurtée au véto de Bercy au nom de la protection de ses intérêts stratégiques et disons-le aussi suite à la levée de boucliers suscitée par cette affaire.

Alors que les entreprises françaises et européennes subissent les assauts répétés de puissances étrangères on peine à imaginer que l’américain Palentir et le chinois Megvii Technology puissent un jour faire l’objet d’une quelconque tentative de rachat par Siemens, Thales ou encore Safran...

Si Bercy a élargi le contrôle des investissements étrangers aux technologies stratégiques présentant des enjeux d'ordre et de sécurité publics et de défense nationale, cela n’a pas refroidit l’appétit des fonds et entreprises étrangères pour nos startups. Le fonds chinois Sinovation Ventures a ainsi récemment annoncé être entré au capital de la pépite française Prophesee fabriquant de rétines artificielles dopées à l’intelligence artificielle. Le géant chinois Xiaomi et In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA, ont également investi dans l’entreprise française ces dernières années selon le journal Les Echos.

In-Q-Tel dont les investissements vont de la cybersécurité à l’IA, jusqu’aux technologies optiques a déjà investi dans plusieurs entreprises telles que l’Américain Palentir, Google Earth, CyPhy Works mais surtout dans une quinzaine de startups européennes dont la société Allemande Morpheus Space spécialisée dans les satellites ou encore Linkurious, la start-up française ayant aidé à visualiser les data des "Panama Papers".


L’accélération des investissements étrangers dans les entreprises françaises hautement stratégiques témoigne du manque de financements auxquelles elles sont confrontées. Désormais elles n’hésitent plus à se tourner vers les financements singapouriens, chinois et américains. Si la France ne manque pas d’ambition, de talents et de pépites dans le domaine de la souveraineté à l’image des sociétés Earrhcube, iXblue, Orolia, Algolia, ou encore Cilas, elle manque selon moi cruellement de vision sur le temps long.


Dans son livre "AI Superpowers: China, Silicon Valley, and the New World Order" Kai-Fu Lee, fondateur du fonds d’investissement Sinovation et cerveau de l'I#A en Chine, est convaincu que l’Europe est déjà hors course dans la bataille de l’IA. Si l’Europe s'en tire en termes de publications de recherche, le sous-développement de son écosystème VC, son incapacité à retenir ses meilleurs talents et à en attirer sur son sol ou son excès de réglementation me font sensiblement arriver à la même conclusion. "Sensiblement", car rien n’est jamais inéluctable et l’Europe, si elle s’en donne les moyens, est en mesure de relever ce défi auquel elle est confrontée et dont j’ai déjà parlé ici: https://cutt.ly/YRC8emt

Crédit Photo: Florence G'sell


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