Elle s'appelait Lola
- Steve Moradel

- 13 nov.
- 2 min de lecture
Il y a dix ans, le 13 novembre 2015, Lola perdait la vie au Bataclan. Elle avait dix-sept ans. La plus jeune victime de cette nuit.
Pour beaucoup, cette date est devenue un souvenir qu'on commémore une fois par an. On allume une bougie, on poste un message, et la vie reprend. Mais pour Éric, son père, pour Marc, son oncle, deux amis proches, pour tous ceux qui étaient proches de Lola, quelque chose s'est arrêté ce vendredi soir.
Lola était la fille unique d'Éric.
C'était une adolescente comme les autres, avec ses envies de concerts, ses amitiés, sa curiosité pour le monde qui s'ouvrait à elle. Elle était venue au Bataclan avec son père ce soir-là.
Éric et Lola aimaient partager ces moments ensemble. Quelques semaines plus tôt, ils avaient assisté au concert de Bob Dylan. Un père, sa fille, la musique. Rien de plus simple.
Puis est venue la violence. Éric a survécu. Lola, non.
En dix ans, nous avons dû en discuter deux ou trois fois avec Éric. Il n'est pas du genre à s'épancher. Mais je reste admiratif de son courage, de son abnégation face à l'innommable. Parce que continuer à vivre après avoir perdu son enfant, ce n'est pas une question de résilience. C'est juste ce qu'il faut faire, même quand tout en soi voudrait s'arrêter.
Nos sociétés ont cette tendance à effacer vite. Trop vite. On confond mémoire et ressassement, avancer et oublier. Comme si tourner la page était une preuve de santé mentale.
Ce qui s'est passé ce soir-là dit quelque chose de notre monde. De sa violence aveugle, de sa capacité à fracasser l'ordinaire en une seconde. Mais aussi de notre difficulté collective à habiter le tragique. Nous vivons dans une époque qui veut tout réparer, tout optimiser. La douleur dérange. L'absence gêne. On préfère les récits de résilience aux histoires de ceux qui continuent simplement, sans happy end. Pourtant, c'est peut-être là que se trouve l'essentiel : dans cette capacité à tenir debout quand plus rien ne tient.
Pour ceux qui ont perdu quelqu'un ce soir-là, rien ne se range. Il reste une chaise vide, un prénom qu'on continue de prononcer.
Lola faisait partie des cent trente victimes de cette nuit. Cent trente noms qu'il ne faut pas oublier.
Elle vit dans le cœur de son père, de sa mère, de son oncle et de sa famille. Dans la mémoire de ses amis. Elle vit aussi dans le cœur de tous ceux qui savent ce que signifie perdre brutalement quelqu'un.
On ne remplace pas une absence comme celle-là. On apprend à vivre avec. Sans jamais vraiment s'y habituer.
Le temps ne répare rien. Il révèle ce qui reste : la fidélité, l'amour têtu, et cette façon qu'ont certains prénoms de continuer à exister même quand la vie en a décidé autrement.
Lola est de ceux-là.
Tant que son nom sera porté par ceux qui l'ont aimée, elle restera présente. Discrètement. Comme une lumière qui refuse de s'éteindre.
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